Lenteur et contemplation

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© Lacroix, 2008

Clôture du presbytère Saint-Eusèbe de Verceil, rue Fullum angle Larivière (quartier Centre-Sud)

La lenteur est-elle une vertu, un vice, une qualité, un défaut, une force, une faiblesse, un choix, un manque ? C’est d’abord un mot magnifique qui sonne doucement et agréablement à mon oreille, qui évoque irrésistiblement la sensualité. Ce qui est lent est beau et se donne à voir ou à apprécier pleinement. Chaque parcelle de la réalité qui s’offre à soi lentement prend toute sa dimension et ouvre sur un infini plis et replis s’ouvrent et dévoilent des trésors aux sens jamais rassasiés.

Seule la lenteur nous plonge, dans un monde aux mille attraits, au creux d’une nature infiniment riche et divertissante. Le mouvement lent, car la lenteur est mouvement, expose le détail et la finesse des apparences que nous ne soupçon-
nions pas. La marche est un mouvement lent, et c’est à ce titre qu’elle nous introduit dans la diver sité et la beauté du monde.

Nous cessons de traverser les apparences et nous commençons à les regarder, peut-être même, à l’usage, finissons-nous par savoir les contempler. L’activité de contemplation, la plus haute des occupations de l’être humain selon la philosophie antique, est aujourd’hui discréditée et oubliée. Plus personne ne songe à entrer en contemplation parce que ce qui est réputé valoir, c’est la prise, la possession, l’assimilation.

L’aptitude à conserver une juste distance, par laquelle la chose vue n’est pas accaparée mais seulement admirée, devient une aptitude rare. La marche enseigne cet art grâce auquel le monde suscite le recueillement et le respect. L’aspiration à la beauté et à la sérénité rencontre une satisfaction profonde dans cette relation a la nature.

Enfin libérés de l’envie et de l’avidité, nous jouissons du monde tel qu’il est. Nous ne l’appréhendons plus sous le rapport de l’usage et de la propriété, nous le regardons comme ce qui était là avant soi et demeurera après soi, et nous éprouvons dans ce sentiment d’une réalité qui nous dépasse une quiétude nouvelle.

Christophe Lamoure, Petite philosophie du marcheur
entrevue de Raymond Saint-Pierre avec l’auteur (Radio-Canada, 10 minutes)

Autre photo de cette clôture:



1 commentaire

  1. rolandcaure 2 mai

    Une prise de vue, une photo, un travail de filtrage, résultat une belle image qui provoque des pensées, des émotions, des souvenirs, une réflexion.
    Une gravure, une eau-forte à contempler.
    Un texte pour nous y aider.

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