L’artiste

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© Lacroix, 2007
Ventilateur d’entrepôt, édifice désaffecté, rue de Rouen angle rue Harmony, aujourd’hui transformé en condominiums (Quartier Centre-Sud).

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© Lacroix, 2007
Ce qui m’intéressais, c’est le constraste des lignes: la forme des pales et le grillage endommagé. J’ai refais une photo en cadrant le sujet serré. J’ai remplacé la couleur par une teinte ancienne qui accentue la rouille. Quelque semaines plus tard, le ventilateur avait disparu et l’ouverture briquelée.

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«Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Et s’ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu’il soit travailleur ou intellectuel.»

Extrait de l’allocution d’Albert Camus à la remise du Prix Nobel en littérature, à l’Hôtel de ville de Stockholm, le 10 décembre 1957. Copyright © The Nobel Foundation 1957.
Pour le discours complet cliquez sur ce lien:
Albert Camus – Nobel 1957



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